J’ai eu la chance de participer à l’un des voyages d’enquête de Yahad-In Unum dans les régions de Stavropol, Karatchaïevo-Tcherkessie et Kabardino-Balkarie du 10 au 25 mai 2017. Ayant eu une formation en histoire par une licence et étant actuellement dans ma deuxième année de master de recherche en histoire intitulé « Conflictualités et médiation », traitant principalement les conflits de masse dans l’histoire et dans le monde, l’importance que revêt la mémoire comme le souligne ce voyage me touche particulièrement. C’est en ce sens que j’ai appréhendé ce séjour en Russie. Il faut dire aussi qu’étant en stage à Yahad depuis 2 mois et demi, j’ai pu travailler sur des voyages en les intégrant à la base de données ou à la carte interactive. Cela m’a donné une bonne base théorique que j’ai pu compléter avec l’expérience du terrain.

Les trois régions dans lesquelles nous nous sommes rendus sont très intéressantes de par leur localisation : dans le sud du pays, aux portes du Caucase, mais aussi de par leur répartition ethnique. Beaucoup de peuples différents cohabitent ensemble ou se côtoient à l’image des Tcherkesses, des Juifs européens, des Juifs des montagnes, des Balkars, des Karatchaïs, des Russes, des Arméniens, des Tchétchènes, des Géorgiens et bien d’autres encore.

Leurs modes de vie, coutumes, traditions, religions et langues sont très différents les uns des autres, donnant ainsi une richesse considérable à ces zones géographiques. Malgré leurs divergences, je me suis très vite rendu compte que, dans le contexte de l’occupation allemande et des massacres perpétués, une chose rassemble cette population : le malheur. Certes, tous n’ont pas été exposés au même degré de violence, mais en revanche tous érigent la mémoire en devoir et leurs portes ne restent jamais fermées aux enquêteurs de Yahad. J’ai pris conscience en voyant chaque témoin, mais aussi et surtout en ne pouvant pas en voir certain que le monde avance et ne les attend pas. Tous les jours, la vieillesse ou la maladie en emporte, tous les jours un pan de l’histoire s’effondre.

J’ai aussi été frappé par la divergence des témoignages selon les régions. En effet, dans les régions de Karatchaïevo-Tcherkessie et Kabardino-Balkarie, il y a moins de témoins et ils ont vu moins de choses, peut-être est-ce parce que ce sont les régions les plus reculées dans lesquelles les Nazis sont allés et qu’ainsi, ce sont aussi celles dans lesquelles ils sont restés le moins longtemps, ou aussi car les villes y sont moins importantes. En contrepartie, dans la région de Stavropol, malheureusement, les histoires des personnes interviewées étaient plus riches. De plus, en étant sur le terrain de la sorte, je me suis retrouvé face à un dualisme que je ne soupçonnais pas être probable. D’un côté, le fait de compléter les archives déjà existantes et de découvrir les atrocités qu’ont commis les Nazis, satisfait l’historien et « l’enquêteur » mais d’un autre côté, cela attriste profondément l’humain. C’est avec cette dualité que doit opérer quotidiennement les équipes d’enquête de Yahad-In Unum.

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